Mon compagnon Florien se remet d’une blessure, et cette première sortie de reprise sera l’occasion de tester son épaule avant le gros projet que nous avons ensemble dans quinze jours. Alors pour reprendre doucement, nous choisissons une longue course d’alpinisme à dominante neige, sans escalade:

La météo n’est certes pas engageante, et nous sommes quasi assurés de prendre la pluie samedi. En consultant plusieurs sites de prévisions météo nous en trouvons un complaisant qui est relativement positif pour la journée du dimanche. Alors c’est le moral gonflé à bloc que nous décidons de tenter notre chance. Il faut dire que Florian n’est pas sorti depuis près d’un mois alors il serait surement parti faire n’importe quoi !

Nous prenons la route de Paris vendredi dans l’après-midi et dormons sur Chamonix. D’ailleurs nous vous recommandons l’hôtel RockyPop aux Houches, en basse saison c’est une cinquantaine d’euros la chambre pour deux.

Samedi, la montée au refuge

Le samedi est consacré à la montée au refuge du Couvercle. Comme nous anticipions de ne pas pouvoir skier sur la mer de glace, nous avons opté pour les raquettes afin de ne pas risquer que Florian doive porter des skis.

Et la vue depuis le Montenvers nous permet vite de constater que nous avons bien fait.

Nous prenons une première volée d’échelles pour atteindre la mer de glace, et remontons le glacier jusqu’à atteindre les échelles menant au refuge du Couvercle. Au passage nous prenons un peu la pluie mais finalement nous serons très épargnés.

Nous brassons un peu dans les pentes sous le refuge, et le peu de traces nous laisse penser que nous ne serons pas nombreux. Il s’avère que, gardien compris, nous serons 9 ce soir là. Deux cordées prévoient demain d’attaquer la Verte par le couloir Whymper, tandis qu’une autre cordée à ski et nous même iront à la Pointe Isabelle. Jusqu’au coucher, et durant la nuit, une dizaine de centimètres de neige se déposent.

Pointe Isabelle

Nous prenons le petit déjeuner à 5h, manquons de vivacité et prenons le départ à 6h. L’autre cordée a pris de l’avance et file bien plus vite que nous. Tant mieux, nous restons dans leurs traces et même s’ils sont à skis, c’est mieux que rien.

Au passage, les Grandes Jorasses se dévoilent dans l’axe du glacier de Leschaux.

Notre objectif est déjà visible au lointain, la pointe au centre droit de cette photo.

La journée s’annonce magnifique, le temps est celui que nous espérions. Et dans l’axe du glacier du Tacul, on devine la Tour Ronde où j’étais il y a un mois, puis la Pointe Adolphe Rey où nous avions bivouaqué, le Mont Blanc bien sûr, le Tacul, l’Aiguille du Midi .. Beau panorama.

Nous cheminons encordés sur le glacier, et serpentons pour éviter les crevasses. Les skieurs qui nous précédent sont manifestement très confiants, ou s’appuient sur d’étranges coutumes suédoises puisqu’ils restent proches l’un de l’autre et ne sortirons à aucun moment la corde qu’ils ont pourtant.

Nous sommes sur le glacier des courtes, et en face de nous le plateau du Triolet est maintenant bien visible. Cette année et en cette époque, nous ne sommes pas confrontés à la traditionnelle crevasse parfois bien dure voire impossible à franchir.

Une fois atteint le replat à 3400m, l’itinéraire doit nous faire prendre pied sur l’arête qu’il faut ensuite suivre jusqu’au sommet.

(c) camptocamp

Mais en approchant du fameux replat, nous croisons les skieurs qui ont fait demi tour. Ils nous expliquent qu’ils ont déclenché une avalanche de plaque depuis le bas et ont préféré rebrousser chemin.

Nous accédons au replat, et considérons la situation. Le seul point de passage viable est effectivement très exposé puisque le reste de la pente ne demande probablement qu’à partir. Et nous avons aussi repéré la suite de l’arête, très raide, et le vent en altitude qui est propice à la formation de plaques. Nous choisissons de ne pas tenter notre chance et faisons également demi tour. Pour nous consoler nous nous disons qu' »Un bon alpiniste est un alpiniste vivant » ou encore que « le plus dur est de savoir faire demi tour ». Bon ok mais faire tous ces efforts pour aller jusque là en raquettes, et ne pas accéder à la partie la plus sympa, c’est quand même bien frustrant :)

Les skieurs ne sont plus visibles depuis maintenant longtemps, et c’est à une allure bien plus modérée que nous faisons tout le trajet inverse en raquettes.

Nous ne repassons pas au refuge, mais devons néanmoins remonter pour accéder aux échelles qui nous déposent alors sur la mer de glace. Aujourd’hui et tout autant qu’hier, d’incessantes chutes de pierres dans les pentes de l’Aiguille du Tacul créent une impressionnante ambiance sonore.

Le trajet de retour nous parait bien plus long qu’à l’aller, probablement parce que notre objectif est maintenant derrière nous.

Florian, soit disant handicapé, remonte les échelles comme une flèche et je m’épuise à essayer de suivre le rythme. Nous atteignons la gare Montenvers à 14h24, soit après 8h25 de course.

Notre parcours

  • Distance (km) : 20
  • Dénivelé (m) : +1100 -1750
  • Altitudes (m) : mini 1685, maxi 3317
  • Horaires : départ 6h, arrivée 14h24

La sortie racontée par Florian

Weekend dans le massif du Mont Blanc avec Philippe. Ça y est, enfin de retour en montagne après quelques longues semaines de convalescence – bon, tout n’est pas parfait et je n’ai pas encore récupéré mon épaule totalement, mais il faut bien reprendre à un moment ou à un autre. Et comme l’ami Philippe est toujours en préparation de son expédition au Pérou, il n’est guère besoin d’insister pour le motiver et nous filons donc vers Chamonix « sur la base d’un bulletin météo complaisant » (dixit Philippe). Samedi matin, nous rejoignons le Montenvers, d’où nous montons au refuge du Couvercle sous un temps maussade. La météo se dégrade au fur et à mesure de la journée, et c’est avec brouillard et gros flocons que la journée se termine. Réveil à 4:50 le dimanche matin pour une longue journée et un itinéraire « pas trop technique, mais physique et aventureux » (toujours dixit Philippe) : la Pointe Isabelle (3761m) par le Glacier des Courtes. La progression un peu pénible du fait de la neige fraîche tombée la veille, mais la motivation est bien là – enfin, jusqu’à ce que nous atteignons le replat vers 3450m et que les deux skieurs suédois qui nous précèdent décrochent une petite plaque à vent dans la section raide. Et vu le volume mobilisable restant et l’absence d’itinéraire alternatif moins exposé, nous décidons sagement de renoncer… La descente jusqu’au Montenvers est longue, mais finalement assez plaisante grâce à une météo bien meilleure que prévue, voire quasi-estivale. Le temps d’avaler nos burgers à la microbrasserie de Chamonix, et nous voici de retour vers Paris. Au final, pas d’exploit, mais une reprise en douceur.