Frédéric et moi partons au Pérou mi juin et d’ici là nous comptons bien préparer le matériel et les bonhommes. Un précédent week-end, nous avions comparé des matériels respectifs pour voir ce que nous allions emmener, et ce week-end c’est la mise en situation.

A la base le plan est de monter le bivouac quelque part sur le glacier du Géant, et d’enchainer des courses dans le secteur. Mais la météo vient compliquer l’équation puisqu’un fort vent de foehn est prévu en altitude pour les jours à venir.

Nous nous renseignons sur le cahier des courses de la Chamoniarde et constatons que les goulottes ne sont malheureusement globalement toujours pas en conditions. Par contre, une course réalisée récemment attire notre attention : la Mallory Porter à l’Aiguille du Midi. Mais à bien y réfléchir, il nous semble très compliqué logistiquement de la réaliser le premier jour, puisque nous devons aussi monter tout le matériel de bivouac et sommes contraints par les horaires de début et fin de benne. Alors nous décidons ceci:

  • J1: montée et dépôt des affaires de bivouac, puis Tour Ronde
  • J2: descente de la mer de glace
  • J3: Aiguille du Midi : Mallory Porter

Samedi : la traversée de la Tour Ronde

J’ai pesé le sac avant de partir, il est d’un peu plus de 25kg. Alors heureusement, nous ne ferons que descendre ! Depuis l’Aiguille du midi, nous nous engageons sur le glacier du géant, et poussons jusqu’au pied de la Pointe Adolphe Rey. En gros, au pied du deuxième rocher le plus à gauche sur la photo ci-dessous:

Nous y laissons toutes les affaires non nécessaires pour la suite, et toujours les skis aux pieds, nous démarrons la montée en direction de la Tour Ronde, en zigzagant au mieux au milieu du glacier.

Devant nous, la majestueuse Tour Ronde se dévoile rapidement. Sa face nord – à gauche sur la photo – n’est clairement pas en conditions, il faudra revenir. Et sur sa face ouest – 1er tier à droite sur la photo – la pente de neige qui marque le début du couloir sera notre objectif:

C’est une très belles journées, et de nombreuses autres cordées s’engagent sur notre objectif ou d’autres itinéraires.

Nous déposons les skis au pied du cône de neige, et Frédéric met ses chaussures d’alpinisme, je reste avec mes chaussures de ski de randonnée. Nous démarrons les hostilités, d’autres cordées sont déjà devant nous.

Nous les doublons à la montée, et apparemment ils abandonnent là et font demi tour (?). D’autres cordées nous précédent mais sont loin et nous ne nous gênons pas.

Le plus beau est clairement derrière nous, alors régulièrement je me retourne, profite, et fais quelques photos.

Quelques pas d’escalade très simples sur la fin donnent accès au sommet.

Nous y sommes seuls, et y passons un peu de temps puisque les nuages ont décidés de s’installer et tour à tour nous cachent et dévoilent certains des sommets les plus connus des Alpes. Tiens par exemple, voici le Mont Blanc.

Nous nous résignons à partir, et d’un commun accord nous lançons dans un projet osé: descendre par la voie normale, orientée est, et donc à l’opposée de notre itinéraire de montée. Sachant, qu’il est maintenant plus de 13h, que la neige fond et ne porte plus et que nos skis seront à récupérer à l’opposé de la Tour Ronde !

La voie normale est moins photogénique mais finalement plus plaisante que la monotone Gervasutti, puisqu’elle fait évoluer en neige et impose quelques pas d’escalade facile et nous impose une petite recherche d’itinéraire. Nous atteignons le pied de la Tour Ronde et engageons le grand contournement. L’enjeu est de réussir à contourner efficacement, et de manière sécurisée évidemment, le patchwork du glacier qui se positionne entre nous et nos skis.

Nous rejoignons et chaussons les skis vers XXh, finalement la neige n’aura pas autant enfonçé que nous le craignions. Nous skions jusqu’au site de bivouac où nous avons laissé nos affaires.

Nous sondons la neige afin de nous assurer que nous ne sommes pas au dessus d’une crevasse et installons le camp et la tente, au pied de cette impressionnante face, et non loin mais à l’abri du glacier et de ses seracs.

Notre parcours

  • Distance (km) : 10,1
  • Dénivelé (m) : +715 -1450
  • Altitudes (m) : mini 3047, maxi 3796
  • Horaires : début 8h56, arrivée 16h42

Dimanche

La nuit n’a pas été trop mauvaise. Le matériel a été éprouvé en conditions, et validé par Frédéric :) Après un réveil tardif, nous prenons le petit déjeuner puis plions bagages.

Les hordes se sont déjà attaquées à la vallée blanche.

Nous remontons au Montenvers en empruntant le système d’échelles.

Notre parcours

  • Distance (km) : 13
  • Dénivelé (m) : +180 -1435
  • Altitudes (m) : mini 1775 maxi 3215
  • Horaires : départ 10h10 arrivée 12h29

Lundi

Le grand jour. Les sacs sont fin prêts et optimisés. Les protagonistes sont affûté par une nuit en altitude et le mental est au top. Nous sommes les premiers à la benne de l’Aiguille du Midi. Je bip mon passe.

Et c’est le drame. L’employé de la gare sort un panonceau qu’il plaque sur la porte: le téléphérique est fermé. Trop de vent. Le fameux foehn qui était annoncé.

Nous aurions pu attendre les bennes suivantes ? Oui mais au risque de monter et ne pas pouvoir descendre ensuite, n’ayant pas de skis. Bref, le projet tombe à l’eau.

Alors comme nous avions déjà payé un passe illimité pour 3 jours, nous séchons nos larmes et partons skier sur le domaine de Chamonix. L’occasion de faire quelques sauts et voir le téléphérique des Grands Montets dont la gare centrale à brulé, faisant tomber les cabines et les câbles associés !