J’avais certes déjà entendu le nom de cette course, apparemment célèbre, mais c’est surtout au partenaire et à son enthousiasme que j’ai immédiatement dit oui. Et ensuite j’ai commencé à me renseigner sur la course :

Cette dernière a effectivement tout pour plaire: combinant neige, glacier et rocher, historique, en altitude, avec de la recherche d’itinéraire, dans un niveau technique à notre portée. La liste est longue .. et la course l’est encore plus : 3h30 d’approche, 6-10h de voie, puis le retour par le même chemin. Et tout cela hors pauses pour une cordée entrainée qui ne se trompe pas d’itinéraire. Certains guides – la plupart ? – prévoient d’ailleurs de faire Charmoz-Grépon sur deux jours, en organisant une nuit sur l’une des vires du Grépon.

Et comme Florian et moi sommes trop fort, ou en tout cas sommes ambitieux, nous prévoyons de tout faire à la journée. Il va y avoir du challenge.

Vendredi, la montée au refuge

Nous prenons la route de Paris le vendredi 12 juillet au matin et montons dormir au refuge du Plan de l’Aiguille. Nous avons longuement débattu sur le fait d’y dormir ou d’aller poser le bivouac au plus près de la voie. Nous avons opté pour des sacs légers et un meilleur confort pour en théorie une meilleure nuit.

Le refuge pourrait presque être appelé hôtel, nous y passons une très bonne nuit quoiqu’un peu courte, puisque le réveil sonne à 2h.

Samedi ou le jour le plus long

Nous prenons le départ du refuge du Plan de l’Aiguille à 2h45, rejoignons le glacier des Nantillons et et posons pied sur le rognon tandis que surgissent les premières lueurs de l’aube.

(c) www.barrabes.com

Nous accédons à la partie haute du glacier des Nantillons par de l’escalade facile. Nous franchissons aisément les quelques ponts de neige et atteignons le pied du couloir de la brèche à 6h15.

La montée nous a pris 3h30, nous sommes parfaitement dans les temps. De nombreux nuages accrochent déjà les sommets sur le secteur. Au pied de l’Aiguille des Grands Charmoz, nous butons sur un énoncé pourtant simple:

Monter à gauche de ce couloir sur environ 200 m jusqu’à de grandes terrasses que l’on suit vers la gauche (gros cairn évident). Traverser quasiment à hauteur d’une tour rouge.

camptocamp

Nous louvoyons dans la face et trouvons d’innombrables traces de passages et points de rappels mais pas ledit cairn, et ne repérons pas la fameuse tour rouge – les nuages accrochés aux sommets ne nous aidant pas.

Nous avons déjà perdu 50 bonnes minutes sur le topo quand le gros cairn est a priori trouvé. Nous attaquons au flair les sections plus grimpantes qui nous semblent prendre la bonne direction.

En tant que (bien) meilleur grimpeur, Florian prend la tête des opérations. Nous avons maintenant sorti les chaussons et les garderons aux pieds jusqu’à la descente.

Derrière nous, la vue sur l’Aiguille de Blaitière, la Pointe de Chamonix, et tout le glacier des Nantillons.

Les photos ne le montrent pas, mais il fait très humide à cause du brouillard environnant et nous sommes frigorifiés. Florian a déjà mis sa veste doudoune et j’ai pour ma part les mains anesthésiées. C’est la première fois que j’attrape une onglée en été !

Je peine dans les passages physiques en fissures chamoniardes. La cotation de la section pour rejoindre la brèche est donnée en 4c max. Mon œil ! Florian prend son temps, et moi encore plus alors que je galère comme un forcené compte tenu de mon faible niveau du moment ..

(c) Photo Florian S.

Florian fait parfois demi-tour devant des sections qu’il juge trop exposées ou trop difficiles par rapport au niveau annoncé, et improvise des itinéraires alternatifs … qui s’avèrent in fine plus durs et plus engagés :) Je garderai longtemps le souvenir de plusieurs passages fins et peu protégés sur des traversées en dalle. Ne pas penser à la chute et au pendule, serrer les fesses, et se lancer. Nous approchons de l’arrête et sommes toujours aussi peu sûrs de l’itinéraire.

Mais après vérification rétrospective, il semble que nous soyons au moins passé par la fissure Burgener.

Nous arrivons finalement sous le sommet du Charmoz. Là encore nous ouvrons un itinéraire alternatif – façon positive de dire que nous nous plantons lamentablement, compliquons les choses et perdons du temps, en n’allant pas sur le fil de l’arête.

Une longue discussion s’engage alors que nous essayons de comprendre où nous pouvons bien être. Florian est persuadé que nous avons le bâton Wicks devant nous. Mais puisque rien ne colle alors avec le topo, je remets cette hypothèse en question. Hypothèse qui s’avèrera en fait confirmée par la suite.

Après un rappel depuis un endroit alternatif, nous décidons de passer dans une petite brèche pour un autre rappel .. tout autant alternatif. Le passage est étroit alors nous faisons passer les sacs en premier.

(c) Photo Florian S.

Florian engage à ma suite et nous pendulons pour rejoindre notre suite du parcours.

Nous arrivons finalement au sommet du couloir Charmoz-Grépon après une traversée facile en rochers instables. Nous tentons d’identifier la suite de l’itinéraire, un « dièdre, le livre ouvert (IV, 2 pitons) » mais sans grand succès avec le brouillard qui est maintenant permanent.

Je vous expose la situation : nous avons déjà mis tous nos vêtements chauds – il ne reste que les gore tex en fond de sac, nous sommes dans l’humidité du brouillard et la visibilité est très mauvaise, et avons déjà explosé les temps. Et par ailleurs de plus grandes difficultés d’escalade se dressent encore devant nous, notamment la fissure Mummery.

Nous calculons les temps restants et je suis convaincu qu’à continuer comme cela nous allons nous forcément dormir dehors. J’aborde alors la question qui fâche: « réchappe » ? Et comme ni Florian ni moi sommes partant pour une nuit humide et glaciale, nous prenons la sage décision de descendre par le couloir. Nous n’avons aucune information sur le fait que cela passe ou non, ni combien de rappels seront nécessaires Nous faisons le décompte de la cordelette restante et entamons la descente.

Nous parvenons à descendre jusqu’au pied du couloir sans presque sortir la corde, mais il est nécessaire d’avancer très prudemment car le couloir est très instable sur toute sa longueur. Au passage je trouve un joli friend en parfait état, une maigre consolation.

Nous accédons au glacier et rejoignons rapidement le rognon des Nantillons.

A la descente nous perdons encore du temps à chercher les rappels chaînés, que nous ne trouvons pas aux emplacement décrits ou en schéma dans le topo, ou que je dépasse dans un moment d’inattention en parlant à Florian. Bref, on est pas bons.

Nous arrivons finalement au refuge à 22h, non sans avoir prévenu les gardiens au cours de la descente.

Notre parcours

La trace est incomplète et ne couvre que la montée.

Et si c’était à refaire ..

Après coup, le retour d’expérience de cette course:

  • Aller grimper parfois en salle ? Facile à dire avec un jeune enfant ..
  • La course est très longue, dormir en bivouac au pied du glacier des Nantillons permettrait de grappiller un peu de temps.
  • Les cotations nous ont semblé assez surprenantes, c’est ce qui nous a fait hésiter et dévier sur de faux itinéraires. Il faut donc aller au plus simple .. qui peut ne pas l’être tant que ça et être bien plus élevé que le niveau annoncé.
  • Mon piolet classique c’est avéré un peu trop long et gênant pour l’escalade, il s’est trop souvent accroché.
  • Il existe un topo que nous n’avons pas encore et décrivant apparemment bien mieux cet itinéraire. Voici d’ailleurs un schéma extrait de ce dernier. Il nous aurait bien aidé ..
(c) www.barrabes.com

Florian et moi prenons rendez-vous pour finir cette belle traversée l’année prochaine !