La traversée très alternative de Charmoz (- Grépon)

La traversée très alternative de Charmoz (- Grépon)

J’avais certes déjà entendu le nom de cette course, apparemment célèbre, mais c’est surtout au partenaire et à son enthousiasme que j’ai immédiatement dit oui. Et ensuite j’ai commencé à me renseigner sur la course :

Cette dernière a effectivement tout pour plaire: combinant neige, glacier et rocher, historique, en altitude, avec de la recherche d’itinéraire, dans un niveau technique à notre portée. La liste est longue .. et la course l’est encore plus : 3h30 d’approche, 6-10h de voie, puis le retour par le même chemin. Et tout cela hors pauses pour une cordée entrainée qui ne se trompe pas d’itinéraire. Certains guides – la plupart ? – prévoient d’ailleurs de faire Charmoz-Grépon sur deux jours, en organisant une nuit sur l’une des vires du Grépon.

Et comme Florian et moi sommes trop fort, ou en tout cas sommes ambitieux, nous prévoyons de tout faire à la journée. Il va y avoir du challenge.

Vendredi, la montée au refuge

Nous prenons la route de Paris le vendredi 12 juillet au matin et montons dormir au refuge du Plan de l’Aiguille. Nous avons longuement débattu sur le fait d’y dormir ou d’aller poser le bivouac au plus près de la voie. Nous avons opté pour des sacs légers et un meilleur confort pour en théorie une meilleure nuit.

Le refuge pourrait presque être appelé hôtel, nous y passons une très bonne nuit quoiqu’un peu courte, puisque le réveil sonne à 2h.

Samedi ou le jour le plus long

Nous prenons le départ du refuge du Plan de l’Aiguille à 2h45, rejoignons le glacier des Nantillons et et posons pied sur le rognon tandis que surgissent les premières lueurs de l’aube.

(c) www.barrabes.com

Nous accédons à la partie haute du glacier des Nantillons par de l’escalade facile. Nous franchissons aisément les quelques ponts de neige et atteignons le pied du couloir de la brèche à 6h15.

La montée nous a pris 3h30, nous sommes parfaitement dans les temps. De nombreux nuages accrochent déjà les sommets sur le secteur. Au pied de l’Aiguille des Grands Charmoz, nous butons sur un énoncé pourtant simple:

Monter à gauche de ce couloir sur environ 200 m jusqu’à de grandes terrasses que l’on suit vers la gauche (gros cairn évident). Traverser quasiment à hauteur d’une tour rouge.

camptocamp

Nous louvoyons dans la face et trouvons d’innombrables traces de passages et points de rappels mais pas ledit cairn, et ne repérons pas la fameuse tour rouge – les nuages accrochés aux sommets ne nous aidant pas.

Nous avons déjà perdu 50 bonnes minutes sur le topo quand le gros cairn est a priori trouvé. Nous attaquons au flair les sections plus grimpantes qui nous semblent prendre la bonne direction.

En tant que (bien) meilleur grimpeur, Florian prend la tête des opérations. Nous avons maintenant sorti les chaussons et les garderons aux pieds jusqu’à la descente.

Derrière nous, la vue sur l’Aiguille de Blaitière, la Pointe de Chamonix, et tout le glacier des Nantillons.

Les photos ne le montrent pas, mais il fait très humide à cause du brouillard environnant et nous sommes frigorifiés. Florian a déjà mis sa veste doudoune et j’ai pour ma part les mains anesthésiées. C’est la première fois que j’attrape une onglée en été !

Je peine dans les passages physiques en fissures chamoniardes. La cotation de la section pour rejoindre la brèche est donnée en 4c max. Mon œil ! Florian prend son temps, et moi encore plus alors que je galère comme un forcené compte tenu de mon faible niveau du moment ..

(c) Photo Florian S.

Florian fait parfois demi-tour devant des sections qu’il juge trop exposées ou trop difficiles par rapport au niveau annoncé, et improvise des itinéraires alternatifs … qui s’avèrent in fine plus durs et plus engagés :) Je garderai longtemps le souvenir de plusieurs passages fins et peu protégés sur des traversées en dalle. Ne pas penser à la chute et au pendule, serrer les fesses, et se lancer. Nous approchons de l’arrête et sommes toujours aussi peu sûrs de l’itinéraire.

Mais après vérification rétrospective, il semble que nous soyons au moins passé par la fissure Burgener.

Nous arrivons finalement sous le sommet du Charmoz. Là encore nous ouvrons un itinéraire alternatif – façon positive de dire que nous nous plantons lamentablement, compliquons les choses et perdons du temps, en n’allant pas sur le fil de l’arête.

Une longue discussion s’engage alors que nous essayons de comprendre où nous pouvons bien être. Florian est persuadé que nous avons le bâton Wicks devant nous. Mais puisque rien ne colle alors avec le topo, je remets cette hypothèse en question. Hypothèse qui s’avèrera en fait confirmée par la suite.

Après un rappel depuis un endroit alternatif, nous décidons de passer dans une petite brèche pour un autre rappel .. tout autant alternatif. Le passage est étroit alors nous faisons passer les sacs en premier.

(c) Photo Florian S.

Florian engage à ma suite et nous pendulons pour rejoindre notre suite du parcours.

Nous arrivons finalement au sommet du couloir Charmoz-Grépon après une traversée facile en rochers instables. Nous tentons d’identifier la suite de l’itinéraire, un « dièdre, le livre ouvert (IV, 2 pitons) » mais sans grand succès avec le brouillard qui est maintenant permanent.

Je vous expose la situation : nous avons déjà mis tous nos vêtements chauds – il ne reste que les gore tex en fond de sac, nous sommes dans l’humidité du brouillard et la visibilité est très mauvaise, et avons déjà explosé les temps. Et par ailleurs de plus grandes difficultés d’escalade se dressent encore devant nous, notamment la fissure Mummery.

Nous calculons les temps restants et je suis convaincu qu’à continuer comme cela nous allons nous forcément dormir dehors. J’aborde alors la question qui fâche: « réchappe » ? Et comme ni Florian ni moi sommes partant pour une nuit humide et glaciale, nous prenons la sage décision de descendre par le couloir. Nous n’avons aucune information sur le fait que cela passe ou non, ni combien de rappels seront nécessaires Nous faisons le décompte de la cordelette restante et entamons la descente.

Nous parvenons à descendre jusqu’au pied du couloir sans presque sortir la corde, mais il est nécessaire d’avancer très prudemment car le couloir est très instable sur toute sa longueur. Au passage je trouve un joli friend en parfait état, une maigre consolation.

Nous accédons au glacier et rejoignons rapidement le rognon des Nantillons.

A la descente nous perdons encore du temps à chercher les rappels chaînés, que nous ne trouvons pas aux emplacement décrits ou en schéma dans le topo, ou que je dépasse dans un moment d’inattention en parlant à Florian. Bref, on est pas bons.

Nous arrivons finalement au refuge à 22h, non sans avoir prévenu les gardiens au cours de la descente.

Notre parcours

La trace est incomplète et ne couvre que la montée.

Et si c’était à refaire ..

Après coup, le retour d’expérience de cette course:

  • Aller grimper parfois en salle ? Facile à dire avec un jeune enfant ..
  • La course est très longue, dormir en bivouac au pied du glacier des Nantillons permettrait de grappiller un peu de temps.
  • Les cotations nous ont semblé assez surprenantes, c’est ce qui nous a fait hésiter et dévier sur de faux itinéraires. Il faut donc aller au plus simple .. qui peut ne pas l’être tant que ça et être bien plus élevé que le niveau annoncé.
  • Mon piolet classique c’est avéré un peu trop long et gênant pour l’escalade, il s’est trop souvent accroché.
  • Il existe un topo que nous n’avons pas encore et décrivant apparemment bien mieux cet itinéraire. Voici d’ailleurs un schéma extrait de ce dernier. Il nous aurait bien aidé ..
(c) www.barrabes.com

Florian et moi prenons rendez-vous pour finir cette belle traversée l’année prochaine !

Alpamayo (5947m)

Alpamayo (5947m)

Nous y voilà. Le matériel est prêt, nous avons fait les dernières courses et préparé les sacs, les précédentes journées d’acclimatation se sont déroulées au mieux, la motivation est au top. Nous prenons le départ pour attaquer l’objectif de ce voyage:

Alpamayo : Directe Française (D+ IV P4 4)

Acclimation préalable

Le week-end précédant notre voyage, je réalisais l’ascension de l’Aiguille Verte (4122m) par le couloir Whymper, dans les Alpes. Puis nous nous acclimations progressivement et préalablement à l’ascension proprement dite:

JourAltitude maxAltitude de nuitée
6 juin 2687 2687
7 juin 41222687
15 juin30803080
16 juin 42003080
17 juin46003080
18 juin40004000
19 juin49003080

La journée perdue – 21 juin

Le lever est matinal, 4h45. Il nous faut rapidement rejoindre le départ à Cashapampa où nous louerons les services d’un muletier. Nous rejoignons Caraz et trouvons à 7h le centre des collectivo en partance pour Cashapampa.

Un doute assaille Fred, qui me demande si j’ai bien pris la nourriture lyophilisée. Je ne l’ai pas, alors dans le doute il va fouiller les sacs déjà attachés sur le toit du transport.

Nous avons oublié les 12 sachets de nourriture dans un placard de la chambre du gîte à Huaraz… Et n’avons pas vraiment d’autre choix que de retourner les chercher. Fred part faire l’aller retour Caraz – Huaraz, et je reste garder nos affaires au centre de transport pendant 5h !

Nous prenons enfin la route pour Cashapampa. La piste de terre, sinueuse et qui longe de beaux à pics, a raison des pneus usés de notre collectivo. Je me fais réveiller par un pneu qui éclate. Et évidemment il n’y a pas de roue de secours alors nous descendons tous et attendons que quelqu’un nous apporte un nouveau pneu.

Nous arrivons enfin à Cashapampa vers 14h30 – nous avions prévu d’y être vers 8h.

Les muletiers nous expliquent qu’il est maintenant trop tard pour un départ et qu’il faudra attendre le lendemain. Nous nous trouvons une chambre dans le village, assez spartiate : plancher donnant vue sur la pièce du dessous par les interstices, toilettes sèches sans papier au fond du jardin et lavabo dans la cour.

Je fais connaissance avec une poule vautrée sur le babyfoot dans un gîte du village.

Nous apprenons en soirée que le muletier qui nous avait été promis dans l’après midi ne sera finalement pas disponible. Nous passons une partie de la soirée à négocier le départ du lendemain. Il nous en coutera finalement 2 mules (une seule aurait suffit) x 5 jours pour la montée et la descente (3 seront effectivement effectués) pour un total de 450 soles.

Montée au camp de base (4300m) – 22 juin

Le muletier arrive enfin et nous prenons le départ un peu avant 7h. L’objectif de la journée est de monter directement de Cashapampa (2900m) au camp de base (4300m) ; nous sommes suffisamment acclimatés et en forme pour ne pas nous arrêter à Llamacorral (3760m).

Le départ est raide et donne ensuite accès à une longue vallée en pente douce.

Nous passons des paysages variés très verts ou très secs, composés de lacs, de marais, de déserts de sable. Je trouve certaines de ces vastes étendues très apaisantes.

Nous avançons à bon rythme mais sommes finalement rattrapés par notre jeune muletier à 4175m au pied de la dernière grosse montée ; il ne s’attendait pas à nous rejoindre si loin. Nous le doublons dans la côte et arriverons avant lui au camp.

Nous arrivons au camp de base au pied des pentes vers 13h, après 6h06 de montée.

Depuis le camp de base nous pouvons admirer de nombreux sommets, dont l’Arteson. L’histoire dit qu’il aurait servi d’inspiration pour le logo de la Paramount.

Notre parcours

  • Distance (km) : 23,8
  • Dénivelé (m) : +1310 -15
  • Altitudes (m) : mini 2930, maxi 4330
  • Horaires : début 6h55, arrivée 12h, durée : 6h05

Montée au camp Moraine (4900m) et au delà – 23 juin

Ce soir nous allons dormir au camp Moraine, situé à 4900m, dans les pentes au dessus du camp base. Nous aimerions également faire un aller-retour au dessus de 4900m afin de parfaire notre acclimatation. Mais nos sacs sont encore très lourds puisque chargés de nombreux jours de nourriture. Alors nous cherchons un porteur qui accepte de monter une partie de notre matériel au camp Moraine tandis que nous nous chargerons du reste.

Un des lacs d’altitude se découvre tandis que nous prenons de la hauteur.

Nous atteignons le camp Moraine parmi les premiers et choisissons notre emplacement pour y dressons la tente.

Après avoir récupéré le sac laissé par le porteur, nous engageons dans les pentes de neige en direction du camp Col.

Nous voilà enfin, ce 23 juin, les pieds dans la neige sur le glacier au dessus de 5000m. Et la vue vaut le déplacement.

Nous faisons un aller-retour jusqu’au pied des difficultés au pied du col vers 5300m et rentrons à notre tente.

Notre parcours

  • Distance (km) :
  • Dénivelé (m) : +1020 -400
  • Altitudes (m) : mini 4330, maxi 5350
  • Horaires : 9h15, arrivée 17h20

Montée au Camp col (5500m) – 24 juin

A vrai dire j’appréhende un peu ce moment. Pour la première fois nous allons devoir porter l’intégralité de nos affaires, et c’est peu dire que nos sacs sont extrêmement lourds. Combien précisément je ne saurais dire.

Nous arrivons au pied des difficultés du col et d’autres sont déjà devant nous, à la montée et à la descente.

Il n’y a rien de difficile mais le poids des sacs est à prendre en compte et nécessite de l’attention supplémentaire.

Nous arrivons à la troisième et dernière longueur.

Depuis le col, l’Alpamayo se découvre alors pour la première fois à nous.

Pour la première fois du séjour, je ressens fortement les effets de l’altitude ce jour là, à 5500m. Après quelques photos je vais me reposer dans la tente, faisant le choix de ne pas prendre de médicaments.

Un total de 14 tentes seront montées au col ce jour là. Il paraît qu’en haute saison c’est bien pire. Plus de 25 personnes vont tenter le sommet demain (!) et tout le monde sera dans le même couloir, les uns au dessus des autres. Une sorte de piste de bowling construite à la quasi verticale.

Après moult discussions, nous décidons avec Fred de consommer notre journée de secours et ne pas tenter l’ascension cette nuit.

Nous assistons à un merveilleux coucher de soleil.

Accessible depuis le camp col, le Quitaraju (6040m) n’a pas autant de succès que l’Alpamayo. Personne n’en a tenté l’ascension pendant notre séjour. Peut-être est-ce à cause des nombreuses avalanches de plaques qui semblent avoir dévalé ses flancs ?

Les départs s’étaleront entre minuit et trois heures du matin, tandis que nous resterons à nous reposer au mieux.

Notre parcours

  • Distance (km) :
  • Dénivelé (m) : +600
  • Altitudes (m) : mini 4900m, maxi 5500
  • Horaires : départ 8h30, arrivée 12h30

Acclimatation au camp col – 25 juin

Nous avons donc fait le choix de partir demain, alors aujourd’hui c’est repos total. Et d’ailleurs mon mal de crâne est maintenant parti et l’appétit revenu, je vais beaucoup mieux.

Nous passons la journée à regarder le paysage, faire fondre de la neige pour avoir de l’eau, et suivre les cordées dans la face. Les derniers rentrent après 15h. Je suis surpris de la stabilité de cette pente qui ne bouge pas d’un pouce mais après de nombreuses heures de plein soleil.

Les différents groupes summiters replient leur camp et entament la descente, nous laissant seul avec les espagnols qui ont fini bien tard et fatigués ; ils vont passer la nuit ici. Les guides locaux assistent les porteurs pour la descente.

Nous avons la chance d’assister à notre second coucher de soleil.

Tous ceux qui tenteront l’ascension sont maintenant arrivés. Il s’agit d’un groupe de russes assez peu sympathiques, malgré le fait qu’après que deux de leurs trois réchauds aient rendu l’âme et que nous leur ayons prêté le notre.

Ils reviennent sur l’heure précédemment annoncées et décident d’un départ à 23h – ce qui est bien trop tôt. Nous optons pour un départ plus traditionnel avec un lever à 1h. Je demande au guide du groupe de faire attention à nous car nous serons en dessous, il me répond « je suis un bon grimpeur » et me tourne le dos.

Ascension de l’Alpamayo (5947m) et retour au camp base – 26 juin

Nous partons à 2h, l’autre groupe est déjà bien avancé dans la face. Nous arrivons au pied de la rimaye vers 2h45 et entamons enfin les hostilités techniques. C’est difficile à expliquer mais j’ai l’impression d’enfin retrouver mon souffle, assez court dans l’approche, et que dans cette pente les choses se mettent enfin à leur place.

Nous montons à bon rythme, mais en tirant des longueurs comme le souhaite Fred. Si nous le l’avions pas fait nous serions trop vite arrivé sur les russes. A 6h nous sommes juste sous leur dernière cordée et le soleil levant me permet la première photo correcte.

Les six tentes au camp col sont maintenant quelques points au loin. L’ascension se poursuit, assez répétitive, dans une pente de neige où la glace toujours sous-jacente affleure plus ou moins mais peut toujours s’éviter.

De toute ma carrière d’alpiniste, c’est la première ascension ou j’ose si peu regarder au dessus de moi. ‘Nos’ russes ne sont pas des gens délicats, ne se préoccupent pas beaucoup de nous, et ne cessent de nous faire tomber de la glace sur nous. J’en prends sur le corps, sur les mains, sur le visage si j’ose lever les yeux.

Nous avons maintenant atteint la section finale. Il nous faut attendre que toutes les cordées russes soient passées, l’avant dernière longueur est un fin raidillon.

Nous atteignons le (quasi) sommet à 8h30.

Nice isn’t it ?

Et l’attente se poursuit, que tous les russes soient montés derrière leurs guides sur le dernier petit tronçon, puis redescendus en rappel. Pour atteindre ce dernier, il faut laisser ses piolets et se saisir de pieux à neige dans chacune des mains, et entreprendre le contournement à flanc puis grimper dans une neige poudreuse très peu portante. Ça donne envie, non ?

Je suis prêt à y aller mais il est maintenant tard et la dite portion a beaucoup pris le soleil. Fred ne le sent pas, alors on laisse tomber, tant pis pour ces ~5 mètres et le ‘vrai sommet’.

On entame les rappels de la descente, au nombre de sept. Et rapidement on constate que notre corde de 60m, censée être adaptée à des longueurs de rappel de 60m … est beaucoup trop courte. Il nous manque souvent au moins 5 mètres pour rejoindre le point suivant. Alors nous confectionnons le nombreux nouveaux abalakoffs.

Nous sommes de retour au camp vers 12h30, remballons toutes nos affaires et entamons le retour vers 14h. Les cordes de rappel sur estacas – pieux à neige – laissées en place facilitent la descente.

Nous rejoignons le camp base à 4300m assez fatigués de la journée et du portage de nos sacs. Le muletier est déjà monté, nous lui faisons à manger et partageons le repas avec lui. Nous passons alors la meilleure nuit du séjour, d’une seule traite.

Notre parcours

  • Distance (km) :
  • Dénivelé (m) : +650 -1850
  • Altitudes (m) : mini 4300, maxi 5942
  • Horaires : départ 2h, ‘sommet’ 8h30, arrivée base camp 17h50

Retour à Cashapampa – 27 juin

Nous chargeons les mules de toutes nos affaires et partons gambader les sacs presque vides pour rejoindre Cashapampa. Il fait très frais au petit matin, la rosée au sol est encore gelée. Nous en profitons, avant que les températures ne montent fortement en cours de journée.

Cette section de vallée est assez désertique et composée de sable. A gauche, le trek de Santa Cruz, à droite le retour à la maison. Nous prenons la droite et arrivons à Cashapampa vers 13h30.

Nous recherchons un moyen de transport pour rentrer à Huaraz, et finalement c’est au fond d’un bus privatisé par les russes que nous rentrerons, comme des « clandestins », acceptés par l’un des chauffeurs pour se faire un peu d’argent de poche. Sur le trajet du retour ils en viennent presque au main avec des péruviens qui bloquaient le passage avec leur voiture.

De retour à notre « camp de base » à Huaraz, au sympathique gîte Caroline Lodging, nous goûtons au plaisir simple de notre première douche depuis six jours, et choisissons d’aller au restaurant Creperie Patrick, l’un des très bons restaurants de Huaraz.

Notre parcours

  • Distance (km) : 24,4
  • Dénivelé (m) : +15 -1280
  • Altitudes (m) : mini 2930, maxi 4330
  • Horaires : départ 8h08, arrivée 13h30
L’Aiguille Verte par le Whymper ou le jour où je devins montagnard

L’Aiguille Verte par le Whymper ou le jour où je devins montagnard

Nous avions prévu de longue date de nous attaquer à la traversée Charmoz-Grepon avec Florian S. Il s’est maintenant remis de sa blessure à l’épaule, mais il a neigé et les arêtes ne sont plus en conditions alors il nous faut trouver un nouvel objectif. Au top de notre forme et motivation nous souhaitons une ambitieuse course classique. Alors sur conseil de guides, nous nous rabattons sur le couloir Whymper à l’Aiguille Verte qui est en bonnes conditions.

Nous scrutons la météo et les bulletins montagne dans la semaine qui précède et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils sont peu engageants. Le samedi sera ensoleillé et les jours suivants neigeux/pluvieux et même orageux. Mais notre motivation ne saurait être affaiblie par pareil détail. Nous lisons attentivement le site chamonix-meteo.com et semblons y lire la fenêtre qu’il nous faut : une nuit étoilée dimanche matin – permettant éventuellement le regel nécessaire – et le démarrage de la pluie/neige en matinée.

Alors nous chargeons les sacs et prenons la route vendredi après-midi et faisons halte à l’hôtel Rocky Pop aux Houches.

La montée au refuge

Samedi sera dédié à la montée au refuge et à la sieste préparatrice. Le trajet a un air de déjà vu, seulement deux semaines après notre dernière venue. Nous croisons le groupe du CIALP du CAF qui est en train de s’amuser dans les pentes de la mer de glace.

Sitôt le diner fini, nous filons au lit avec l’espoir de quelques heures de sommeil, avant notre réveil fixé à minuit pile.

L’Aiguille Verte

Le plan

Nous allons tenter de réaliser l’ascension de l’Aiguille Verte par le couloir Whymper, c’est l’itinéraire (2) sur cette photo :

(c) camptocamp

Le topo camptocamp indique 2-3 heures pour l’approche jusqu’à la rimaye et 2 à 4h + 30 min d’arête pour le sommet.

La météo prévue est très mauvaise ce dimanche, mais nous espérons un regel nocturne et nous comptons sur le fait que les dégradations ne nous tomberons dessus qu’à la descente. Dans tous les cas nous nous fixons comme limite d’entamer la descente avant 9h au plus tard.

Dimanche

Nous ne sommes que deux à attaquer la Verte ce jour là et donc à nous lever à minuit. Nous prenons le départ à 0h40 et c’est avec joie que nous constatons que le ciel est clair et étoilé, il a donc sûrement fait suffisamment froid cette nuit pour permettre le regel.

Nous profitons de traces pour cheminer sur le glacier de Talèfre jusqu’au pied du couloir Whymper, le tout sans chausser les raquettes puisque la neige porte bien.

Nous atteignons l’impressionnante rimaye à 2h40. Le bord supérieur se dévoile plusieurs mètres au dessus de nous dans le faisceau de nos frontales. Elle ne se franchit pas à droite comme de coutume, nous la longeons vers la gauche à la recherche du meilleur point de faiblesse.

Nous la franchissons assez facilement par la gauche, après avoir déposés nos bâtons et raquettes à son pied.

Nous remontons la pente de neige qui la surplombe et butons assez rapidement sur les barres rocheuses. Il nous faut maintenant trouver l’attaque du couloir. Nous traversons vers la droite, et pensons avoir identifié l’attaque mais il s’avère que c’est un cul de sac. Alors nous désescaladons et repartons dans notre traversée vers la droite jusqu’à identifier l’amorce d’un couloir. Il est alors 4h25, nous avons perdu beaucoup de temps à trouver le départ.

Nous sommes maintenant lancés à corde tendue, à bon rythme. La lumière se lève progressivement et me permet quelques premières photos. Vers 5h30 le temps s’est déjà bien dégradé.

C’est à six heures que j’aurais la meilleure lumière et encore suffisamment de visibilité par intermitance. Ensuite cela se dégrade beaucoup et nous serons quasi constamment dans le brouillard.

Nous évoluons à quasi 4000m après presque déjà 1400 mètres de dénivelé dans les jambes. Les mollets chauffent car nous sommes beaucoup sur les pointes avant de nos crampons. L’arrivée au col s’éternise tandis que le brouillard nous joue des tours, par quatre fois nous pensons reconnaître la fin du couloir. Nous atteignons finalement le col à 7h45.

Cela fait maintenant un moment qu’il neige à gros flocon et nous empruntons l’arête, qui est assez large, en nous méfiant des corniches et de la neige fraîche. Nous arrivons sur un replat qui semble entouré de pentes, nous vérifions notre GPS. Nous avons atteint le sommet à 8h05 ! Mais pour la vue on repassera …

Nous revenons au col d’où débute le premier rappel. L’ambiance est intimidante, tandis que les forts vents nous projettent sans cesse de la neige dans les yeux et que gèlent nos sourcils. Les gants sont maintenant trempés. Nous enfilons rapidement de petites doudounes.

Nous partons pour une série d’environ 17 rappels – on en a perdu le compte ! Je serai en tête tandis que Florian se fatiguera les bras en rappelant les cordes.

Il y a de nombreux rappels installés dans la voie, le tout étant de réussir à les trouver. Par deux fois j’ai besoin de les dépasser pour les voir depuis le bas et alors je dois remonter pour les rejoindre.

Tout le monde n’utilise manifestement pas des cordes de 60m, nous posons nos propre relais pour deux rappels. De nombreuses coulées de neige s’écoulent dans la face, purgeant au fur et à mesure la neige qui s’est déposée en quantité. J’esquive une grosse coulée avec un gracieux saut de côté.

En arrivant vers la rimaye, nous comprenons que nous n’avions pas pris le bon couloir au départ, et avions en fait démarré dans une ligne parallèle plus fine à gauche du Whymper.

Le passage de la rimaye demande un peu de réflexion, la ligne de rappel nous amenant directement dans le gouffre. Je passe en me décalant et en visant une partie bouchée, le plus dur étant de ne pas partir dans un gros pendule. J’aide Florian à rester dans le bon axe. A 12h20 la rimaye est franchie.

Nous longeons la rimaye a la recherche des affaires que nous avons laissé, mais sans reconnaître le lieu. Et pour cause, de grosses quantité de neige sont venues se déposer au pied de la rimaye et on bien changé la topologie. Nous retrouvons bâtons et raquettes presque ensevelis sous un cône de neige fraichement écoulée. Nous entamons le retour par le glacier crampons puis raquettes au pieds.

En arrivant proche du refuge, nous sommes interceptés par Jean P. et deux participants du CIALP, venus pour s’assurer visuellement que nous n’étions pas coincés dans le mauvais temps. Nous sommes de retour au refuge à 14h20, heureux mais trempés. Florian s’est probablement fait de légères engelures aux doigts.

Notre parcours

  • Distance (km) : 8
  • Dénivelé (m) : +1450 -1450
  • Altitudes (m) : mini 2687, maxi 4122
  • Horaires : départ 0h40, retour refuge 14h20

Lundi

La météo étant toujours pourrie, la journée ne sera consacrée qu’au retour au Montenvers pour rejoindre Chamonix. Après une grasse matinée et un lever à 7h30, nous entamons la descente.

Sur le parcours nous rejoignons et doublons le groupe du CIALP et notre parcours nous amène sur de belles sections du glacier.

Malgré le mauvais temps, de nombreuses cordées s’aventurent sur le glacier.

Méfiez vous des plaques de neige sur glacier. Celle-ci surplombe de manière très étonnante un beau gouffre.

Le mot de la fin, par G. Rébuffat

« Avant la Verte on est alpiniste, à la Verte on devient montagnard… »

Gaston Rébuffat

Ni Florian ni moi n’étions jamais allé à la Verte, voilà c’est maintenant fait… :)

Objectif la Pointe Isabelle

Objectif la Pointe Isabelle

Mon compagnon Florien se remet d’une blessure, et cette première sortie de reprise sera l’occasion de tester son épaule avant le gros projet que nous avons ensemble dans quinze jours. Alors pour reprendre doucement, nous choisissons une longue course d’alpinisme à dominante neige, sans escalade:

La météo n’est certes pas engageante, et nous sommes quasi assurés de prendre la pluie samedi. En consultant plusieurs sites de prévisions météo nous en trouvons un complaisant qui est relativement positif pour la journée du dimanche. Alors c’est le moral gonflé à bloc que nous décidons de tenter notre chance. Il faut dire que Florian n’est pas sorti depuis près d’un mois alors il serait surement parti faire n’importe quoi !

Nous prenons la route de Paris vendredi dans l’après-midi et dormons sur Chamonix. D’ailleurs nous vous recommandons l’hôtel RockyPop aux Houches, en basse saison c’est une cinquantaine d’euros la chambre pour deux.

Samedi, la montée au refuge

Le samedi est consacré à la montée au refuge du Couvercle. Comme nous anticipions de ne pas pouvoir skier sur la mer de glace, nous avons opté pour les raquettes afin de ne pas risquer que Florian doive porter des skis.

Et la vue depuis le Montenvers nous permet vite de constater que nous avons bien fait.

Nous prenons une première volée d’échelles pour atteindre la mer de glace, et remontons le glacier jusqu’à atteindre les échelles menant au refuge du Couvercle. Au passage nous prenons un peu la pluie mais finalement nous serons très épargnés.

Nous brassons un peu dans les pentes sous le refuge, et le peu de traces nous laisse penser que nous ne serons pas nombreux. Il s’avère que, gardien compris, nous serons 9 ce soir là. Deux cordées prévoient demain d’attaquer la Verte par le couloir Whymper, tandis qu’une autre cordée à ski et nous même iront à la Pointe Isabelle. Jusqu’au coucher, et durant la nuit, une dizaine de centimètres de neige se déposent.

Pointe Isabelle

Nous prenons le petit déjeuner à 5h, manquons de vivacité et prenons le départ à 6h. L’autre cordée a pris de l’avance et file bien plus vite que nous. Tant mieux, nous restons dans leurs traces et même s’ils sont à skis, c’est mieux que rien.

Au passage, les Grandes Jorasses se dévoilent dans l’axe du glacier de Leschaux.

Notre objectif est déjà visible au lointain, la pointe au centre droit de cette photo.

La journée s’annonce magnifique, le temps est celui que nous espérions. Et dans l’axe du glacier du Tacul, on devine la Tour Ronde où j’étais il y a un mois, puis la Pointe Adolphe Rey où nous avions bivouaqué, le Mont Blanc bien sûr, le Tacul, l’Aiguille du Midi .. Beau panorama.

Nous cheminons encordés sur le glacier, et serpentons pour éviter les crevasses. Les skieurs qui nous précédent sont manifestement très confiants, ou s’appuient sur d’étranges coutumes suédoises puisqu’ils restent proches l’un de l’autre et ne sortirons à aucun moment la corde qu’ils ont pourtant.

Nous sommes sur le glacier des courtes, et en face de nous le plateau du Triolet est maintenant bien visible. Cette année et en cette époque, nous ne sommes pas confrontés à la traditionnelle crevasse parfois bien dure voire impossible à franchir.

Une fois atteint le replat à 3400m, l’itinéraire doit nous faire prendre pied sur l’arête qu’il faut ensuite suivre jusqu’au sommet.

(c) camptocamp

Mais en approchant du fameux replat, nous croisons les skieurs qui ont fait demi tour. Ils nous expliquent qu’ils ont déclenché une avalanche de plaque depuis le bas et ont préféré rebrousser chemin.

Nous accédons au replat, et considérons la situation. Le seul point de passage viable est effectivement très exposé puisque le reste de la pente ne demande probablement qu’à partir. Et nous avons aussi repéré la suite de l’arête, très raide, et le vent en altitude qui est propice à la formation de plaques. Nous choisissons de ne pas tenter notre chance et faisons également demi tour. Pour nous consoler nous nous disons qu' »Un bon alpiniste est un alpiniste vivant » ou encore que « le plus dur est de savoir faire demi tour ». Bon ok mais faire tous ces efforts pour aller jusque là en raquettes, et ne pas accéder à la partie la plus sympa, c’est quand même bien frustrant :)

Les skieurs ne sont plus visibles depuis maintenant longtemps, et c’est à une allure bien plus modérée que nous faisons tout le trajet inverse en raquettes.

Nous ne repassons pas au refuge, mais devons néanmoins remonter pour accéder aux échelles qui nous déposent alors sur la mer de glace. Aujourd’hui et tout autant qu’hier, d’incessantes chutes de pierres dans les pentes de l’Aiguille du Tacul créent une impressionnante ambiance sonore.

Le trajet de retour nous parait bien plus long qu’à l’aller, probablement parce que notre objectif est maintenant derrière nous.

Florian, soit disant handicapé, remonte les échelles comme une flèche et je m’épuise à essayer de suivre le rythme. Nous atteignons la gare Montenvers à 14h24, soit après 8h25 de course.

Notre parcours

  • Distance (km) : 20
  • Dénivelé (m) : +1100 -1750
  • Altitudes (m) : mini 1685, maxi 3317
  • Horaires : départ 6h, arrivée 14h24

La sortie racontée par Florian

Weekend dans le massif du Mont Blanc avec Philippe. Ça y est, enfin de retour en montagne après quelques longues semaines de convalescence – bon, tout n’est pas parfait et je n’ai pas encore récupéré mon épaule totalement, mais il faut bien reprendre à un moment ou à un autre. Et comme l’ami Philippe est toujours en préparation de son expédition au Pérou, il n’est guère besoin d’insister pour le motiver et nous filons donc vers Chamonix « sur la base d’un bulletin météo complaisant » (dixit Philippe). Samedi matin, nous rejoignons le Montenvers, d’où nous montons au refuge du Couvercle sous un temps maussade. La météo se dégrade au fur et à mesure de la journée, et c’est avec brouillard et gros flocons que la journée se termine. Réveil à 4:50 le dimanche matin pour une longue journée et un itinéraire « pas trop technique, mais physique et aventureux » (toujours dixit Philippe) : la Pointe Isabelle (3761m) par le Glacier des Courtes. La progression un peu pénible du fait de la neige fraîche tombée la veille, mais la motivation est bien là – enfin, jusqu’à ce que nous atteignons le replat vers 3450m et que les deux skieurs suédois qui nous précèdent décrochent une petite plaque à vent dans la section raide. Et vu le volume mobilisable restant et l’absence d’itinéraire alternatif moins exposé, nous décidons sagement de renoncer… La descente jusqu’au Montenvers est longue, mais finalement assez plaisante grâce à une météo bien meilleure que prévue, voire quasi-estivale. Le temps d’avaler nos burgers à la microbrasserie de Chamonix, et nous voici de retour vers Paris. Au final, pas d’exploit, mais une reprise en douceur.

Traversée de la Tour Ronde et bivouac puis ski

Traversée de la Tour Ronde et bivouac puis ski

Frédéric et moi partons au Pérou mi juin et d’ici là nous comptons bien préparer le matériel et les bonhommes. Un précédent week-end, nous avions comparé des matériels respectifs pour voir ce que nous allions emmener, et ce week-end c’est la mise en situation.

A la base le plan est de monter le bivouac quelque part sur le glacier du Géant, et d’enchainer des courses dans le secteur. Mais la météo vient compliquer l’équation puisqu’un fort vent de foehn est prévu en altitude pour les jours à venir.

Nous nous renseignons sur le cahier des courses de la Chamoniarde et constatons que les goulottes ne sont malheureusement globalement toujours pas en conditions. Par contre, une course réalisée récemment attire notre attention : la Mallory Porter à l’Aiguille du Midi. Mais à bien y réfléchir, il nous semble très compliqué logistiquement de la réaliser le premier jour, puisque nous devons aussi monter tout le matériel de bivouac et sommes contraints par les horaires de début et fin de benne. Alors nous décidons ceci:

  • J1: montée et dépôt des affaires de bivouac, puis Tour Ronde
  • J2: descente de la mer de glace
  • J3: Aiguille du Midi : Mallory Porter

Samedi : la traversée de la Tour Ronde

J’ai pesé le sac avant de partir, il est d’un peu plus de 25kg. Alors heureusement, nous ne ferons que descendre ! Depuis l’Aiguille du midi, nous nous engageons sur le glacier du géant, et poussons jusqu’au pied de la Pointe Adolphe Rey. En gros, au pied du deuxième rocher le plus à gauche sur la photo ci-dessous:

Nous y laissons toutes les affaires non nécessaires pour la suite, et toujours les skis aux pieds, nous démarrons la montée en direction de la Tour Ronde, en zigzagant au mieux au milieu du glacier.

Devant nous, la majestueuse Tour Ronde se dévoile rapidement. Sa face nord – à gauche sur la photo – n’est clairement pas en conditions, il faudra revenir. Et sur sa face ouest – 1er tier à droite sur la photo – la pente de neige qui marque le début du couloir sera notre objectif:

C’est une très belles journées, et de nombreuses autres cordées s’engagent sur notre objectif ou d’autres itinéraires.

Nous déposons les skis au pied du cône de neige, et Frédéric met ses chaussures d’alpinisme, je reste avec mes chaussures de ski de randonnée. Nous démarrons les hostilités, d’autres cordées sont déjà devant nous.

Nous les doublons à la montée, et apparemment ils abandonnent là et font demi tour (?). D’autres cordées nous précédent mais sont loin et nous ne nous gênons pas.

Le plus beau est clairement derrière nous, alors régulièrement je me retourne, profite, et fais quelques photos.

Quelques pas d’escalade très simples sur la fin donnent accès au sommet.

Nous y sommes seuls, et y passons un peu de temps puisque les nuages ont décidés de s’installer et tour à tour nous cachent et dévoilent certains des sommets les plus connus des Alpes. Tiens par exemple, voici le Mont Blanc.

Nous nous résignons à partir, et d’un commun accord nous lançons dans un projet osé: descendre par la voie normale, orientée est, et donc à l’opposée de notre itinéraire de montée. Sachant, qu’il est maintenant plus de 13h, que la neige fond et ne porte plus et que nos skis seront à récupérer à l’opposé de la Tour Ronde !

La voie normale est moins photogénique mais finalement plus plaisante que la monotone Gervasutti, puisqu’elle fait évoluer en neige et impose quelques pas d’escalade facile et nous impose une petite recherche d’itinéraire. Nous atteignons le pied de la Tour Ronde et engageons le grand contournement. L’enjeu est de réussir à contourner efficacement, et de manière sécurisée évidemment, le patchwork du glacier qui se positionne entre nous et nos skis.

Nous rejoignons et chaussons les skis vers XXh, finalement la neige n’aura pas autant enfonçé que nous le craignions. Nous skions jusqu’au site de bivouac où nous avons laissé nos affaires.

Nous sondons la neige afin de nous assurer que nous ne sommes pas au dessus d’une crevasse et installons le camp et la tente, au pied de cette impressionnante face, et non loin mais à l’abri du glacier et de ses seracs.

Notre parcours

  • Distance (km) : 10,1
  • Dénivelé (m) : +715 -1450
  • Altitudes (m) : mini 3047, maxi 3796
  • Horaires : début 8h56, arrivée 16h42

Dimanche

La nuit n’a pas été trop mauvaise. Le matériel a été éprouvé en conditions, et validé par Frédéric :) Après un réveil tardif, nous prenons le petit déjeuner puis plions bagages.

Les hordes se sont déjà attaquées à la vallée blanche.

Nous remontons au Montenvers en empruntant le système d’échelles.

Notre parcours

  • Distance (km) : 13
  • Dénivelé (m) : +180 -1435
  • Altitudes (m) : mini 1775 maxi 3215
  • Horaires : départ 10h10 arrivée 12h29

Lundi

Le grand jour. Les sacs sont fin prêts et optimisés. Les protagonistes sont affûté par une nuit en altitude et le mental est au top. Nous sommes les premiers à la benne de l’Aiguille du Midi. Je bip mon passe.

Et c’est le drame. L’employé de la gare sort un panonceau qu’il plaque sur la porte: le téléphérique est fermé. Trop de vent. Le fameux foehn qui était annoncé.

Nous aurions pu attendre les bennes suivantes ? Oui mais au risque de monter et ne pas pouvoir descendre ensuite, n’ayant pas de skis. Bref, le projet tombe à l’eau.

Alors comme nous avions déjà payé un passe illimité pour 3 jours, nous séchons nos larmes et partons skier sur le domaine de Chamonix. L’occasion de faire quelques sauts et voir le téléphérique des Grands Montets dont la gare centrale à brulé, faisant tomber les cabines et les câbles associés !

Grand Pic de Belledonne, bivouac au lac Blanc

Grand Pic de Belledonne, bivouac au lac Blanc

Florian S. et moi allons ce week-end planter la tente en Belledonne et tenter l’ascension du plus haut sommet du massif, le Grand Pic de Belledonne. En plein mois de mars, c’est la promesse d’un itinéraire loin de la foule.

Nous partons vendredi dans l’après-midi et nous faisons héberger chez mes amis Mickaël et Gaëlle à Crolles.

Montée au Lac Blanc

Sur le trajet pour rejoindre le parking, nous sommes interrompus par la neige, et sans pneus neige ni chaînes, nous nous rendons à l’évidence : il y a trop de neige pour continuer plus loin. Alors nous laissons la voiture non loin du col de Pré Long. Je vais repérer plus loin pour constater que malheureusement la neige s’interrompt ensuite. En gros, trop de neige pour passer en voiture, mais pas assez pour démarrer avec les skis.

Gros dilemme au parking: prendre ou ne pas prendre les skis ? Car un sac de bivouac hivernal, c’est lourd. Très lourd, plus de 25kg. Alors y rajouter et porter les skis et chaussures de ski en plus, cela nous fait hésiter ..

Nous décidons de laisser la matériel de ski de randonnée à la voiture, ce qui constitue un gros risque puisque nous allons donc nous enfoncer dans la neige sur le trajet.

La montée se passe relativement bien, surtout pour moi qui me met derrière Florian qui fait la trace. Il faut dire qu’il a plus la caisse. L’arrivée dans les dernières pentes sous le lac Blanc invitent à réfléchir, les pentes sont nettement plus fortes ici. Nous choisissons de remonter dans une grosse coulée d’avalanche et après un petit passage qui fait hésiter Florian et chausse ses crampons, nous accédons finalement au replat au dessus du Lac Blanc.

Nous repérons un endroit plat et y installons la tente. L’objectif du lendemain est déjà à portée de vue: le Grand Pic apparaît au fond – tout à gauche sur cette photo.

Notre parcours

  • Distance (km) : 9,2
  • Dénivelé (m) : +1040
  • Altitudes (m) : mini 1205, maxi 2250
  • Horaires : départ 11h57, arrivée 16h31

Le Grand Pic de Belledonne

Levés pour un départ vers 7h, nous remontons vers le glacier de Freydane, avec un regel non suffisamment fort – nous traversons la première couche et perdons un peu d’énergie au passage.

Arrivés au col de la Balmette, nous découvrons deux jeunes qui nous ont rattrapés, en arrivant depuis le col de Freydane. Ils nous doublent en empruntant un couloir de neige tandis que nous évoluons sur le rocher, et nous perdons alors beaucoup de temps à attendre qu’ils dégagent le couloir. Nous ne voulons pas nous y engager juste derrière eux car ils font dévaler trop de choses.

Notre parcours entre neige et rocher facile se poursuit jusqu’à nous mener à une section qui se redresse et dans laquelle Florian n’est manifestement pas tout à fait à son aise. Nous y perdons du temps, mais c’est un moindre mal : j’ai presque cru qu’il voudrait faire demi tour là.

Nous alternons régulièrement nos places dans la cordée et quand Florian reprend le lead dans l’une des rares sections grimpantes on voit bien que le rocher est plus son élément ;)

Quelques pas de grimpe et pentes de neige plus tard, nous voici arrivant au sommet.

La vue est plutôt sympa en ce jour de grand beau temps. Dans l’axe nous voyons le Lac Blanc, avec le massif de la Chartreuse en toile de fond.

Depuis le sommet, nous pouvons voir les deux jeunes qui nous ont doublé dans la montée : ils ont poursuivi l’enchainement des arêtes, et sont en train d’attaquer le Pic Central de Belledonne. Ils ne sont pas arrivés ..

Après avoir profité du sommet, nous faisons demi tour et revenons au col de Balmette. Il est maintenant tard, la neige a eu le temps de se transformer et nous revenons à la tente à coup de profondes enjambées.

Un léger petit vent s’est maintenant levé, alors nous faisons un diner à la fraiche, Florian ayant opté pour une place à l’intérieur de la tente, tandis que je reste accroupi à l’abri du vent grâce à la tente.

Notre parcours

  • Distance (km) : 4,7
  • Dénivelé (m) : +800 -800
  • Altitudes (m) : mini 2050, maxi 2855
  • Horaires : départ 7h06, retour 18h44 (11h38)

Le retour

Assez de courage ou d’envie, chez Florian ou chez moi, pour engager une nouvelle course ce troisième jour, il n’y en a pas eu. C’était bien comme ça. Alors nous remballons le camp, et prenons le chemin du retour. Le temps s’est gâté et nous avons quelques passages dans le brouillard, mais que nous traversons rapidement.

Même à la descente, avec des sacs aussi lourds, le trajet me semble long et c’est avec beaucoup de plaisir que je dépose finalement le sac à la voiture sur le parking.

Notre parcours

  • Distance (km) : 9,9
  • Dénivelé (m) : +70 -1060
  • Altitudes (m) : mini 1220, maxi 2230
  • Horaires : départ 9h19, arrivée 12h07

Florian raconte

Trois jours dans le massif de Belledonne avec Philippe. Au programme, le plus haut sommet du massif – le Grand Pic de Belledonne (2 977m) – en conditions hivernales. Et comme l’ami Philippe est en pleine préparation de son expédition à l’Alpamayo (et que, de toute façon, on a peur de rien !), nous optons pour le bivouac. Nous voici donc arrivant samedi matin au col de Pré Long, où nous avons la désagréable surprise de constater que non seulement la route n’est pas ouverte jusqu’au parking de la Souille, mais qu’il n’y a pas vraiment pas beaucoup de neige à cette altitude. Nous prenons donc une première décision stratégique, consistant à laisser les skis à la voiture et ne prendre que le matériel d’alpinisme et de bivouac (qui est déjà bien assez lourd comme ça!). Après une longue et pénible montée, nous arrivons finalement au Lac Blanc, où nous nous installons pour deux nuits. Dimanche, nous nous lançons à l’assaut de l’objectif du weekend avec un réel enthousiasme, mais une efficacité moins évidente – l’honnêteté me commande d’avouer que je suis quand même moins à l’aise que Philippe sur les pentes de neige raides et exposées, et que cela a forcément un impact sur la vitesse de progression de l’ensemble de la cordée. Bref, on n’a pas été ridicule, mais on n’aura pas non plus battu un record en matière de speed climbing et c’est en toute fin d’après-midi que nous retrouvons finalement notre bivouac. Lundi, nous redescendons tranquillement au parking via le grand couloir à l’ouest du Lac Blanc, avant de reprendre la voiture pour Paris. Au final, un bien bel itinéraire à parcourir en cette saison, avec une belle ambiance, un peu d’engagement et un sommet prestigieux – que demander de plus ?

Florian S.